A vous la parole – Bilan

“My humanity is bound up in yours, for we can only be human together.”
—Desmond Tutu

Cette année, le mois de l’histoire noire a été l’occasion pour moi d’inaugurer (tardivement) avec vous une nouvelle rubrique. Je vous avoue que j’ai vraiment bu du petit lait en recevant vos suggestions et en replongeant pour la plupart dans les livres cités. Trois lecture en diagonale et une commande en librairie plus tard, je suis ravie de vous proposer ici un petit bilan de la rubrique pour ce mois de Février sur le thème du black history month.

Oui nous sommes en mai, mais mieux vaut tard que jamais n’est-il pas? Et puisqu’en mai fais ce qu’il plait,

Banzo
Mémoires de la Favela, Conceiçao Evaristo

14€ Amazon
14€ Fnac

Le “banzo” est la “nostalgie, mortelle qui frappait les esclaves Noirs arrivés d’Afrique. Une mélancolie,sentiment de tristesse associé à un manque profond. Un mal du « pays » fatal.

Conter un « écrit-vie »

Tite-Maria nous conte ce que ses yeux ont vu, voient et peut-être imaginent ou verront. Une collectionneuse d’histoire qui décide qu’elle sera le canal par qui les oubliés par les autres, les laissés pour pauvres transmettront leur voix, leurs histoires. La Favela sera bientôt détruite. Les espoirs et les histoires qu’elle porte en elle s’en iront avec elle. Sauf si…
« Un jour, elle raconterait, libérerait, ferait résonner les voix, les murmures, les silences, les cris étouffés de chacun et de tous. Tite-Maria écrirait un jour la parole de son peuple ».

Tite-Maria sera les yeux et les mots de cette histoire de Favela, ces histoires humaines.

Ce que vous en avez pensé :

Au détour de cette suggestion, d’ Hawa Koubrabaye, je découvre un monument de la plume. Conceiçao Evaristo est une auteure afro bréslilienne à la plume particulière.

Ma curiosité m’a poussée a entrevoir qui était cette femme à la plume si poétique. Ayant découvet les éditions ANACOANA il y a peu avec une lecture dont je vous parlerai bientôt promis, ce que j’ai pu lire et écouter de l’écrivaine Conceiçao Evaristo n’a fait que renforcer mon sentiment naissant nommé « cette maison d’édition est géniale« .

 » La fiction comble un non vide » Les mots de cette femme au superbe nuage gris et noir et à la présence si bienveillante m’ont transpercés. Simplement de par cette courte interview d’une dizaine de minutes, j’entrevois les liens entre les combats des femmes noires et racisées de tous bords, du monde.

A propos de ce récit, Hawa écrit:

 » Je l’ai lu d’une traite ; ce fut une belle découverte. L’auteure est absolument inspirante pour sa détermination, et pour le style d’écriture magnifiquement retranscrit dans la traduction. Elle passe d’une histoire à une autre, d’un personnage à un autre, raconte plusieurs histoires individuelles qui participent à une histoire commune. »

 » [ …] J’ai rencontré une petite fille, je ne connais même pas son prénom. Elle a passé sa vie à écouter les histoires des autres, elle était avide de leurs histoires. De ces « pierres pointues dans leurs poitrines« . Elle portait en elle leurs douleurs, mais elle ne pouvait faire autrement. 
Elle écoutait des histoires. Mais elle en vivait certaines aussi. Les larmes, les peurs, la honte, les espoirs, les rêves, les départs, les injustices. La lutte. La mort. […]
Jusqu’au jour où elle a pris une décision, une évidence. Elle écrirait ces histoires. Car il fallait que l’on se souvienne. Elle écrirait les mémoires de la favela. 
Les livres permettent ce genre de rencontres. Celles d’hommes, de femmes, d’enfants, parfois à l’autre bout de la planète, mais qui nous ressemblent. Pas juste par une couleur de peau, un type de cheveu, ou que sais-je. […] »
Banzo

Je ne sais pas vous, mais moi assurément je la lirais.

Ne suis-je pas une femme
Bell Hooks
22,50€ Amazon
22,50€ Fnac

La vilaine fille qui lit Nous lâche une bombe. Une bombe éducationnelle. Une bombe féministe. Non afroféministe. Ne suis-je pas une femme de Bell Hooks. J’ai découvert ce livre il y a deux ans grâce à mes sistas du collectif afroféministe auquel j’appartiens. Après une projection du mirifique et éloquent documentaire « Ouvrir la voix » d’Amandine Gay donnant la parole aux femmes noires,-Amandine qui signe d’ailleurs la préface de la traduction de cet ouvrage- des exemplaires du livre étaient disponibles à l’achat. Je me suis précipitée. Autant vous dire que je n’ai pas regretté une seconde mon achat.

« Ain’t a woman? » N(e suis-je pas une femme?) voilà ce que Sojourney Truth, figure emblématique de la lutte abolitionniste, et de l’afroféministe américain (black feminism) du XIXème, ancienne esclave lance à un homme blanc lors de la convention des droits des femmes dans l’Ohio en 1851. Homme blanc qui conteste aux femmes l’égalité sous prétexte de supériorité physique masculine. Sojourney prend la parole et soyons franches, lui rabat le caquet. Aucune trace écrites ne demeurent aujourd’hui de cette intervention mais différentes retranscriptions ont figés ce moment dans le temps, l’espace mais surtout la légende.

«  Cet homme là-bas dit que les femmes ont besoin d’être aidées pour monter en voiture, et qu’on doit les porter pour passer les fossés, et qu’elles doivent avoir les meilleures places partout. […] Et ne suis-je pas une femme ? Regardez-moi ! Regardez mon bras ! J’ai labouré, planté et rempli des granges, et aucun homme ne pouvait me devancer ! Et ne suis-je pas une femme ?Je pouvais travailler autant qu’un homme (lorsque je trouvais du travail) ainsi que supporter tout autant le fouet ! Et ne suis-je pas une femme ? « 

cet extrait provient de la retranscription faite par Frances D. Gage en 1863 (source l’obs). Ce livre est assurément un classique quand il s’agit de comprendre les rouages d’un système oppressif mais surtout, la particularité et l’intersectionalité de ces oppressions pour les femmes noires. Sojourney est l’une des premières à mettre une voix sur ces oppressions systémiques et Bell hooks initie dans ses pages, une exploration de celles-ci. Plus de 30 ans après sa parution, la plume de Gloria Jean Watkins aka Bell Hooks , -auteure, intellectuelle et afroféministe afro-américaine née sous la ségrégation dans le kentucky, et qui a consacré une bonne partie de sa vie à mettre en lumière les systèmes de marginalisations réunissant race, classe et genre- nous fait enfin parvenir la voix de Sojourney Truth au travers des éditions Cambourakis

Je suis ravie de pouvoir vous présenter ce classique pour cette rubrique. s’il est des livres à livre pour comprendre les fondements du « black feminism » américain, celui-ci est sans doute l’un de ceux à ne pas louper.

Autre monument classique, autre figure emblématique

I know why the caged bird sings et The heart of a woman, Maya Angelou
7,90€ et 7,90€ Amazon
7,90€ (les deux) Fnac

Je sais pourquoi chante l’oiseau en cage, Maya Angelou

Un oiseau: Petite Marguerite qui découvre le monde avec son frère Bailey auprès de Momma puis de Maman.
Une cage:

l’Amérique raciste et ségrégationniste. Le viol, la douleur. Marguerite Johnson se raconte de 0 à 17 ans. Aux côtés de Momma, sa grand mère solide femme du sud qui sera pour elle toujours un soutien immense.

Maya Angelou, nous livre le chant de cet oiseau qu’elle fut lors de ces années où son oncle lui disait des blancs dont elle ne comprenait pas la haine des noirs :
« Ils ne nous connaissent pas du tout […], ils ont peur « .  Maya survole avec une légèreté presque douloureuse ses instants où elle a connu le meilleur des moments de tendresse maladroits familiaux, le cocasse des moments de l’innocente enfance mais aussi le pire des épreuves dont le viol.

Tant que je serai noire, Maya Angelou

On abandonne Marguerite et son chant d’oiseau pour retrouver Maya et sa voix puissante, ses écrits « luisants ». On rencontre également Guy son fils.

Mais aussi Malcom, Martin, James, Billie…comme on ne les connait pas. Oui il s’agit bien de celleux auxquel.le.s vous pensez. Maya débarque à Harlem en 1957 pour, et bien y vivre. Il faut dire que jusque là elle survit. Actrice et écrivaine, son installation dans ce qui est en quelque sorte l’épicentre de l’art noir à cette époque va lui permettre de rencontrer la plupart des grands leaders culturel et politique de son époque. Maya, 1m83 mère célibataire, femme accomplie et éminemment libre prend sa place au sein de la lutte pour les droits des noir.e.s. Et quelle place! Ce combat elle le mènera toute sa vie, et celui-ci la mènera bien au-delà des frontières de son pays natal à la rencontre de ses racines? Qui sait… Cela est une autre histoire, un autre livre.

Ces deux livres font partis d’une série de 7 livres retraçant la vie de l’une des figures les plus emblématiques, les plus talentueuses de la culture et de la vie politique noire américaine, Maya Angelou. Cette femme dont on a l’impression qu’elle a vécu de multiples vies fut l’un des piliers de la lutte des droits civiques aux Etats-Unis décorée plusieurs fois, elle demeure aujourd’hui encore une des plus belles plumes de son époque et de nos jours. Ses livres sont inscrits au programme scolaire américain.

Série autobiographique de Maya Angelou :
1969 I Know Why the Caged Bird Sings, Je sais pourquoi chante l’oiseau en cage, 
1974 Gather Together in My Name, 
1976 Singin’ and Swingin’ and Gettin’ Merry Like Christmas, 
1981 The Heart of a Woman, Tant que je serai noire, 
1986 All God’s Children Need Traveling Shoes, Un billet d’avion pour l’Afrique, 
2002 A Song Flung Up To Heaven
2013 Mom & me & mom

Ce que vous en avez pensé :
 adita_bks nous recommande chaudement ces deux livres du monument de la littérature afro qu’est Maya. Pour elle , Maya est un véritable modèle hyper inspirant à l’écriture facile d’accès, qui colle à l’histoire avec un grand H tout en étant féministe et sublime.

Hawa Koubrabaye elle, voue un peu comme moi, une admiration sans borne à Maya angelou à propos de laquelle elle dit: « Pour moi Dr Maya Angelou est LE modèle ultime. Elle est inspirante pour son écriture mais pas seulement. Sa prestance. Sa voix. Sa détermination. Son amour. Il y a une vidéo où elle raconte sa rencontre avec 2 Pac. Elle ignorait qui était ce jeune homme qui jurait comme un charretier sur le tournage du film. Et elle l’a pris a part pour lui parler. Et il l’a écoutée. Pour moi c’est une des manifestations de sa grandeur d’âme. J’ai un faible pour ses poèmes. C’est comme ça que je l’ai découverte. Still I rise est devenu my way of life. Et j’ai beaucoup aimé The heart of a woman. Mais impossible de choisir je crois.« 

Je crois qu’il n’y a pas grand chose à ajouter. Maya, est parmi ces femmes ultimes qui compose ma galerie d’héroïnes. Ces femmes aux combats et aux écrits intemporels qui accompagnent beaucoup d’entre nous au quotidien, qui sont nos luttes passées et notre courage, dont nous sommes l’héritage et la vision future.

Parce que vous devez absolument avoir lu au moins UN écrit de Maya dans votre vie, mesdames et messieurs, MAYA ANGELOU:

Still I Rise

BY MAYA ANGELOU


Featured in Bad Girls Throughout History by Ann Shen

You may write me down in history
With your bitter, twisted lies,
You may trod me in the very dirt
But still, like dust, I’ll rise.

Does my sassiness upset you?
Why are you beset with gloom?
’Cause I walk like I’ve got oil wells
Pumping in my living room.

Just like moons and like suns,
With the certainty of tides,
Just like hopes springing high,
Still I’ll rise.

Did you want to see me broken?
Bowed head and lowered eyes?
Shoulders falling down like teardrops,
Weakened by my soulful cries?

Does my haughtiness offend you?
Don’t you take it awful hard
’Cause I laugh like I’ve got gold mines
Diggin’ in my own backyard.

You may shoot me with your words,
You may cut me with your eyes,
You may kill me with your hatefulness,
But still, like air, I’ll rise.

Does my sexiness upset you?
Does it come as a surprise
That I dance like I’ve got diamonds
At the meeting of my thighs?

Out of the huts of history’s shame
I rise
Up from a past that’s rooted in pain
I rise
I’m a black ocean, leaping and wide,
Welling and swelling I bear in the tide.

Leaving behind nights of terror and fear
I rise
Into a daybreak that’s wondrously clear
I rise
Bringing the gifts that my ancestors gave,
I am the dream and the hope of the slave.
I rise
I rise
I rise.

Merci encore à tou.te.s d’avoir participé à cette rubrique et promis pour la prochaine fois, j’essaierai de faire un bilan avec moins de retard

Chocolatement votre,

La demoiselle chocolat

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