Bakhita, cette sainte que j’ai adoré détester

L’Histoire mérite le conte. Le conte d’une vérité. Le songe d’un après, d’une leçon. Mais à qui de l’entendre et de l’appliquer? 

Bakhita, Véronique Olmi 

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« Tout est concentré sur la marche et le courage qu’il faut pour la faire. Mais cette envie de vivre qui la saisit là, dans cette captivité où elle est moins considérée qu’un âne, est comme une promesse qu’elle se fait : elle veut vivre. Cette pensée est à elle. Personne ne peut la lui prendre. Elle a vu les esclaves abandonnés aux vautours et aux hyènes. Elle a vu les esclaves invendables, et ceux bradés aux miséreux. Elle ne sait pas si elle vaut de l’argent, une chèvre, quatre poules, du sel, des bassines en cuivre, des colliers, des pagnes, une dette, une taxe, elle ne comprend pas contre quoi on l’échange, mais elle sait une chose : elle ne veut pas mourir abandonnée au bout de la route. Alors elle obéit. Elle marche. Elle se concentre sur l’effort. Elle est avec Binah, sauvée de la bergerie et du berger. Elle marche. Et elle a une amie. Une autre vie que la sienne, à laquelle elle tient aussi fort qu’à la sienne. »

Bakhita. Petite fille qui vit dans la lointaine Afrique. A cette époque où le continent n’est pour le monde qu’une source de main d’œuvre spoliée et massacrée. Bakhita est arrachée à sa paisible vie de petite fille. A son village et à ses parents. De cette époque il ne lui restera que la couleur de sa peau, sa souffrance. Mais de cet héritage, jaillira le pardon, la résilience et la paix.

Son parcours jalonné des pires souffrances inspire le respect.

Ce que l’on en a pensé :

J’ai lu Bakhita de Véronique Olmi il y a des mois maintenant, et le zeste de  politiquement correct restant en moi  s’en est définitivement allé. Remplacé par une colère. Cette colère qui a empêché le moindre mot de franchir le seuil de ma réflexion. Mon clavier restait désespérément muet.

Pourquoi étais-je en colère ? Contre qui ?
Bakhita, cette ode au pardon et ce vécu courageux V.Olmi conte le courage d’une vie et la bataille de demeurer vivante quoiqu’il advienne de cette femme à qui l’on a tout pris.

Elle nous raconte également le pardon et la paix que cette femme a pu et su trouver au delà de tout, au delà du mal qu’elle a rencontré au devant d’elle. J’ai lu Bakhita et la colère est montée en moi. Mais pourquoi donc étais-je en colère ?

Un livre si beau, écrit avec tant de bienveillance et de vérités , un livre qui conte un être si fort empreint de résilience. Pourquoi cet écrit soulevait-il une si grande colère en moi ?

En ouvrant Le journal de la servitude, de la servitude à la sainteté , édition du texte autobiographique de Sainte Joséphine Bakhita qu’elle dicta en 1910 à l’une de ses consoeurs du couvent de la charité de Madeleine de Canossa, j’ai compris pourquoi.

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J’ai compris l’essence de ma colère. J’en ai saisi le sens, en parcourant les deux livres en parallèle.

Ma colère n’était pas dirigée contre Bakhita. Encore moins contre V. Olmi.

Le respect que m’a inspiré le vécu de cette femme, Bakhita « la chanceuse » (ironique quand on y pense) m’empêche de la voir sous le vecteur de la  colère ou même celui de la pitié. V. Olmi quant à elle, comme tout.e auteur.e, a simplement mis les mots (et quels mots) sur une histoire, non, sur l’Histoire universelle de la souffrance que nous humains sommes capables d’infliger à nos semblables mais également sur la force dont nous sommes capables.

Par contre, ma colère s’est cristallisée à la lecture de l’édition des mots de Bakhita dictés. Avec des mots simples Mère Joséphine se raconte. Elle dit son malheur, ses combats et ses victoires.  Si on ne peut qu’être touché.e.s par ses mots et par cette humilité, tout ce qu’il y a autour m’a parfaitement révoltée. Une préface et une postface rédigée par des cardinaux, et un livre réédité comme un panneau publicitaire pour la religion catholique pire, la servitude.  Au lieu d’une ode à la résilience de cette femme dont on méprisa jusqu’à l’état d’être, on nous vend l’obéissance absolue et aveugle au dogme catholique comme le seul moyen d’obtenir le salut.

Bakhita elle-même dans l’obédience et la paix enfin trouvée dans sa croyance, peint un portrait de la religion qui tend à nous faire croire et surtout oublier que la religion fut le vecteur privilégié de la servitude des peuples d’Afrique.  Il ne s’agit pas ici de remettre en question la foi et la miséricorde de la religion catholique, il s’agit d’honnêteté. Ce livre, récit de Bakhita est formulé comme un livre de propagande. Les valeurs qu’il véhicule sont belles sans contexte mais ce pan de vérité cache la forêt de ce que fut réellement la religion à cette époque, pour nombres de peuples.

Si Bakhita a trouvé des humains soumis ,à l’amour de Dieu, qui ont su lui apporter cet amour de l’humanité dont elle a cruellement manqué, d’autres n’ont connu cet amour divin qu’à travers une obligation d’abandon de tout ce qui constituaient leur être et leur propres croyances.

Prôner la paix, le pardon et l’amour universel en reconnaissant cette part de responsabilité passée, là serait un véritable parcours de résilience qui pour avoir été fait par Bakhita est souvent oublié par l’église.

Autre vecteur de ma colère, la part belle des maisons d’éditions et des médias fait au livre cette fois de V. Olmi. Sur cette histoire, car celle-ci a été mise en lumière par une femme non racisé.e. Un temps d’exposition médiatique optimal, une diffusion et une distribution qui ont porté le livre dans toutes les librairies et autres grands lieux de distribution etc…

V.Olmi n’est qu’une auteure parmi d’autres et n’en a sans doute pas conscience. Je n’accuse pas cette écrivaine qui nous a livré un si bel écrit et qui d’ailleurs a permis à beaucoup de reprendre conscience de la barbarie ou de la souffrance subit par la moitié de l’humanité pendant des siècles. Mais quand on pense à tout.e.s ces auteur.e.s ou historien.ne.s racisé.e.s souvent contraint.e.s de passer par l’autoédition pour mettre en lumière un pan de l’histoire et qui sont très souvent invisibilisé.e.s par les médias mainstream  et lorgner d’un oeil distant par les maisons d’éditions, on ne peut que se demander à quand une part égale de prise de parole et de représentation dans les médias et les maisons d’éditions? L’emprisonnement de la parole comme arme, L’Histoire comme victime.

Je n’accuse personne d’être à l’origine de cet état de fait, mais pointe simplement le doigt sur l’existence de cet état de fait. Si beaucoup s’y complaisent, faire l’autruche comme le font la plupart ne changera certainement pas les choses.

Le parcours par exemple de l’auteure et historienne Sylvia Serbin avec son livre Reines d’Afrique et de la diaspora noire, révolte. Victime d’une tentative de sabotage et d’un cruel silence quant à cette injustice concernant un livre narrant l’Histoire en partie de l’humanité. Comment ne pas voir et surtout ne pas être en colère?

Les livres sont les hiéroglyphes de demain et nous tou.te.s, êtres divers.e.s. et varié.e.s avons ce droit au savoir mais surtout à la représentation.

Ma colère est toutefois retombée. Car je regarde sainte Joséphine Bakhita aujourd’hui avec cet air d’enfant admiratif d’une femme chargée d’une puissance intérieure aussi ravageuse. Survivre, non, vivre après avoir subi et bravé la face la plus vile de l’humanité n’est pas juste admirable, c’est le pouvoir véritable du pardon. Voilà donc ce que je choisis de retenir de cette force de la nature qu’était cette femme noire.

Je sais que changer les choses ne prendra pas 2 lignes. Mais j’ai confiance, en nous et dans les allié.e.s que compte l’Histoire. Un livre après l’autre, nous y arriverons.

Comme un pied de nez à la barbarie, Bakhita siège aujourd’hui au panthéon des saint.e.s que l’on y croit ou pas, la foi reste un puissant catalyseur de la force mentale et de coeur de l’être humain. Cela méritait bien le conte superbe que nous a offert V. Olmi et bien plus encore.

Ma recommandation: 

étoiles 3

Et vous? Qu’en pensez-vous?
Dites le moi dans les commentaires, ou sur mes réseaux.

On se retrouve bientôt avec de nouveaux mots! 😉

Chocolatement votre,

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La demoiselle chocolat

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