Vita (combat)

Il faut tout un village pour écrire un livre…

 Selon les mots d’un.e des auteur.e.s dont je vais vous présenter l’ouvrage aujourd’hui. Il m’aura fallu tout un mois pour effectuer ce voyage. Ce voyage qui m’a emmené à travers les mots de divers.e.s auteur.e.s mais surtout à travers les parcours de vie de diverses femmes.  Toutes mes lectures du mois de juillet, celles dont je vous ai parlé, celles dont je ne vous ai pas parlé et celles dont je m’apprête à vous parler m’ont aidé à appréhender mon monde d’une façon nouvelle, chacune à leur manière. Les mots qui les racontent m’ont permis d’évoluer et c’était le but de ce petit challenge qui prit fin avec le dernier jour de juillet, jour qui as vu mon arrivée sur cette terre il y a quelques années maintenant (pas si longtemps que ça hein je vous voit venir… Oui je sais nous sommes en Octobre.

En entrée en matière, [S P O I L E R A L E R T] , pour ce dernier article concernant mes lectures de juillet, je vous embarque entre le Kenya, le Congo et le Rwanda. Allez, venez, Christina ou plutôt Tina pardon, nous attend. Dépêchez-vous, la patience n’est pas son fort. Quoique, attendre 5 ans pour mettre en branle une vengeance demande plutôt pas mal de patience en fait. Ah oui, par contre un conseil: faite gaffe à vos poches, Tina est la reine des pickpockets de Sangui.

La fille qui n’existait pas, Natalie C.Anderson

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Tina a 16 ans est tatouée tout le long des bras et est une vraie battante. Elle fait partie du gang des Goondas et a su s’y rendre indispensable. Son histoire se tisse à coups de drames. D’abord, elle doit s’enfuir très jeune de son Congo natal. La faute à l’or, à la guerre. Ensuite elle doit s’enfuir des grilles de l’immense château des Greyhill dans le quartier du Ring  qui était son refuge depuis son arrivée au Kenya. Villa dans laquelle, elle retrouve sa mère morte un soir, d’une balle dans le coeur.

La rage gronde dans le coeur de la petite fille qui quitte le Ring ce jour-là. Il faudra que quelqu’un paye pour toutes ces souffrances.

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Ce que l’on en a pensé:

L’achat de ce superbe livre je le dois à mes yeux énamourés la première fois que j’ai aperçu sa couverte sublime. Un coup de coeur visuel bien avant de connaître la 4ème de couverture ou même l’auteure. Un tour sur http://www.bookdiversite.fr et je recevais le petit bijou quelques jours plus tard. Je vous avoue que je ne pensais pas le chroniquer surtout pour ce challenge car bien qu’il soit un livre de littérature afro de part ses personnages et le lieu de l’action, je recherchais en priorité des auteures racisées pour ce challenge de lecture. Ce qui m’as convaincue de le chroniquer ? Une fois commencée ma lecture, je suis allée faire un tour sur des sites d’avis et de critiques pour voir la tendance. Et là, la rage de Tina avait déjà sans doute commencée à gangrener ma perception parce que je fus toute étonnée de constater que toutes les critiques se concentraient sur le caractère Young Adult/ aventure  du roman.

Non je ne suis pas une critique littéraire, et tous les avis sont bons à prendre; d’ailleurs certains étaient vraiment très pertinents mais je me demandais: est-ce parce qu’iels ne sont pas au fait, ou trop loin de ces réalités, ou alors simplement par ce que l’autrice a très bien fait son boulot côté fiction/suspense pour que tout le monde passe à côté de son message?

Une petite discussion avec une des reines de mon entourage (love U Ma Queen) a fini de me convaincre de la nécessité de cette chronique.

Pour lire l’histoire de Tina, je vous propose de vous glisser dans la peau d’un.e voleur/se. et d’en apprendre le code: 18 règles, en 44 chapitres. (Rassurez je vais faire plus court… du moins je vais essayer)

Règle n°1 : Ne jamais sous estimer la rage résultant de la souffrance

C. Anderson nous ouvre un paysage social qui est malheureusement banal dans certains pays d’Afrique. Des gangs composés d’enfants vivant dans la rue controlé.e.s par une ombre proprette que l’on voit peut. Des enfants exploités comme armée à coups de drogue et de coups. Mais également avec les personnages de Tina et sa mère, le drame des déplacé.e.s de guerre. Toutes ces personnes qui sont obligées de fuir leur terre à cause des pillages de l’armée, des milices, entraînées par la quête de l’or des sociétés minières étrangères.  La rage de cette souffrance rend Tina violente, comme de nombreux enfants qui eux sont réels à travers le continent.

Règle n°2: Être une ombre, qui hante et qui ne disparais jamais vraiment

Les ombres dans cet ouvrage sont plurielles : argent sale, indifférence générale, corruption omniprésente, victim bashing, exploitation d’enfants, esclavage et travail d’enfants, inaction des gouvernements, viols comme moyen d’oppression, impuissance des ong, toute puissance des entreprises étrangères, inégalité des classes. La quête et le voyage de Tina nous emmène à explorer bon nombre des tares qui minent le contient mais aussi la force de l’amitié ,le courage d’un amour naissant et la puissance de l’amour filial.

Les ombres humaines comme celle des sentiments sont bouleversantes.

Règle n°3 les apparences sont toujours trompeuses

Le jeu des apparences dans le livre m’a totalement happée. Tina sait jouer avec son apparence. Ses émotions, la rue lui a appris à les maîtriser. Mais ses certitudes, sont-elles vraiment inébranlables ? Elle connaît sa mère du moins le croit-elle. Cette quête vengeresse va l’emmener à découvrir que les certitudes que l’on pense avoir sur soi et sur les autres, sont comme la poussière, elles se déplacent au gré de notre évolution.

Règle n°4 Le piège, c’est l’amour mais c’est aussi le sauveur

Comme dans tout young adult qui se respecte , l’histoire d’amour entre les héros ne pouvait manquer au rendez-vous. Ce que j’ai aimé, c’est le traitement qu’en fait l’auteure. Dès la rencontre entre les deux adolescents, on sent la tension amoureuse sous des couches de méfiance. Mais Nathalie Anderson ne focalise pas l’histoire autour de cela. L’inattendu nous guette tout au long du livre. Elle ne nous parle pas seulement de cet amour naissant entre Tina et Michael, le fils du présumé meurtrier de sa mère, et accessoirement demi-frère de sa petite sœur. On parle d’amour filial, d’amour amical . Celui-là qui pousse deux gamins inconscients à mettre leur vie en jeu l’un par pure amitié, l’autre à la fois par amour pour Tina mais également pour son père. Au delà de la quête initiatique de notre héroïne, on suit le fil d’histoires d’amours, de haine et de perte aussi, mais surtout d’amour.

Règle n°5 La souffrance forge les vies. 

Ce livre est le conte d’une souffrance. Celle des peuples de ce monde qui sont déracinés, mis en lambeaux simplement parce que vivant aux endroits de cette terre où ce dont le monde a besoin pour satisfaire son appétit gargantuesque se trouve. Ce livre est le parcours qu’engendre notre indifférence à la guerre, notre habitude à la souffrance de l’autre et notre aveuglement à notre propre parti prenant dans ces guerres.

Non bien-sûr nous ne les provoquons pas il serait inexact et téléscopé de dire cela mais l’ignorance dans laquelle nous sommes plongé.e.s nous satisfait. C’est la triste vérité. Nos besoins énergivores justifient-ils vraiment que des enfants travaillent dans des mines?

Que des femmes soient violées pour être soumises et que des territoires soient éventrés? La confection de nos meubles, vêtements que des personnes travaillent comme des forçats et soient payé.e.s à coup de lances pierres? Que des forêts entières soient décimées? Devant nos écrans nous évitons bien entendu de nous sentir coupables, après-tout nous n’avons pas mis l’arme sur la tempe de cet enfant, nous ne ressemblons pas au salaud sadique qui agit de la sorte mais comme le père de Michael, nous savons, mais fermons les yeux. C’est si loin de chez nous.

Attention ceci n’est pas une tirade culpabilisante du style jetons nos pommephones et faisons la révolution mais plutôt réaliste. Prenons conscience qu’en faisant le choix de consommer mieux, nous sortons de ce circuit qui exploite l’humain et la terre sans donner la moindre importance à ceux.elles-ci.

Tina m’aura appris et fait (re)prendre conscience de pas mal de choses sur mon mode de consommation, le fonctionnement du monde et certaines de ses réalités. Ce roman est bien plus qu’une fiction Young Adult quand on veut vraiment le lire en tenant compte du fait de l’expérience de l’auteure et  de la réalité de ce qu’elle raconte, en le contant comme une fiction.

Ma recommandation: 

étoiles 5

Maintenant parlons d’une guerrière! Une guerrière sans aucune excuse d’en être une. Une guerrière qui n’eut pas peur d’affronter le monde et ses habitants pour imposer sa liberté et celle de son peuple à tou.te.s. Une de ces femmes qui ne reculent jamais devant le combat et se surprend à avoir des ressources insoupçonnables et inépuisables.

Sarraounia: le drame de la reine magicienne, Abdoulaye Mamani

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Fnac, 14,50€

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Sarraounia, littéralement « reine » en langue haoussa est la cheffe religieuse, politique et militaire de la région de Lougou au Niger.  Cette prestigieuse fonction toujours existante est héréditaire.  Sarraounia Mangou règne à la fin du XIXème siècle sur ce royaume. Les occidentaux font main basse sur les territoires d’Afrique au sud du Sahara à coups de bombardements, massacres et de combines en tout genre. Mais le royaume de Mangou, demeure. Personne n’ose s’y aventurer. Pas même les arabes si prompts à la conquête. Elle les a vaincus.

icarus hall reine

Ce que l’on en a pensé: 

J’ai adoré l’histoire de cette reine. Un mélange à la fois puissant et dramatique. Une victoire sur l’histoire. Un femme qui sans s’excuser dans un monde où le patriarcat étend sa tentaculaire emprise fonce non sans réfléchir et surtout ne fléchit jamais. Sarraounia est une héroïne. Une Femme qui fait face. Qui ne se cache pas ses faiblesses mais refuse d’abandonner pour sa dignité, son peuple et sa liberté d’être elle.

Abdoulaye Mamani romance cette reine à la manière d’un César. D’un Kounta Kinté l’arme au poing et la rage au coeur. Son histoire devient légende d’ailleurs en partie grâce à cet ouvrage.

Dans ma quête d’héroïnes, et de l’histoire vraie de mes terres, de l’Afrique j’ai rencontré nombre de femmes qui comme Sarraounia ont tenu la poigne et combattus l’oppression bec et sagaies. Ce que j’ai aimé également, c’est la dimension mystique et spirituelle prêté à Sarraounia et qui ne la renie pas. Elle se sert de cette fétichisation que l’on fait d’elle en la taxant par exemple de sorcière, puissante grâce à ses gris-gris pour inspirer la crainte à ses ennemis et préserver son peuple.

Apprendre. Sarraounia m’a permis d’apprendre la force dans le désespoir. La ténacité dans le naufrage et la détermination dans un rapport de force inégal.

Ma recommandation: 

étoiles 5

Bien. Il était temps de clôturer Juillet me semble-t-il. Retrouvons Octobre, sa sérénité et ses orange cuivrés.

A très vite

chocolatement votre,

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La demoiselle chocolat

Psst : les illustrations sont de Icarus Hall 

2 réflexions sur “Vita (combat)

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