Jo Gustin : sa voix

lumineuses

Un livre comme un jardin si peu secret. Un jardin truffé d’histoires qui brillent de la douce lumière tamisée du drame. Des histoires pour ceux qui n’écrivent pas. Que l’on n’entend pas ou si peu. Des mots pour leur donner une voix. Et quelle voix. Mais ne vous laissez pas prendre à la simple suffisance de l’antiphrase du jeu d’ombre et de lumière énoncée dans le titre. Il s’agit bien ici de l’exploration de la nature humaine et des circonstances hasardeuses ou si peu qui jalonnent un destin.

« Je ne peins pas l’être, je peins le passage ». Qui se cache derrière cette citation empruntée à Montaigne ? Auteure, comédienne, humoriste, doublure…

Le talent n’est pas son talon d’Achille. L’humour est son arme et grinçante est sa plume.

Jo Gustïn.

Elle ensuite.

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Que nous dit ton livre de toi ?

Que je suis un clown triste, paraît-il.

 Lequel de tes personnages possède ton sens de l’humour ?

L’ex d’Alex.

Si tu organisais un dîner lequel de tes personnages présiderait le dîner et qui y inviterais-t-il/elle ?

Maïmouna présiderait le dîner. Elle n’inviterait que des gens qui ont besoin d’elle, ou du moins de son aide, de sa générosité, que des gens qui se confondrons en remerciements après le repas. Ce seront aussi des personnes qui lui seront utiles pour plus tard, sinon ça sert à rien.

Qu’aurait donné une de tes histoires avec une fin heureuse ?

Sara de Lencquesaing aurait quitté son mari et ses gosses, mais pas pour se mettre dans un autre couple. Elle aurait suivi un séminaire sur le racisme systémique et comment être une bonne alliée. Elle en serait revenue totalement bouleversée et aurait utilisé ses privilèges d’aristocrate blanche pour consacrer le reste de sa vie à éduquer d’autres blanc-he-s aux notions qu’elle venait d’apprendre.
Et dans la même histoire, on découvrirait que Nova couche régulièrement avec la mère de Kombo. Kombo n’en a jamais rien su, le pauvre croit qu’il est le seul à aller voir ailleurs.
Bref, le bonheur des unes…

Quel livre aurais-tu aimé écrire ?

J’écris tous les livres que je veux écrire. Mais j’aurais aimé savoir dessiner. J’aurais fait une BD panafricaine et féministe dont j’ai déjà écrit le scénario. Elle s’appelle I.D.E.A-L. C’est une tuerie.

Si tu étais un de tes personnages lequel serais-tu ?

Que c’est la malchance ?
Je ne suis pas mais j’aurais aimé être Nova, même si on ne la voit qu’à travers les yeux du gars qui la trompe. Elle m’a l’air d’avoir fait le choix de l’insouciance, de la légèreté et de l’amour. Mais Nova, sans la grossesse. L’idée d’un être humain qui pousse en moi… J’ai jamais compris ça.

Ce sont tes questionnements intérieurs et tes opinions militantes qui t’ont conduit à écrire ce livre ?

J’ai commencé à écrire et à réunir ces nouvelles à une époque où je créais un blog de philosophie (theseriesphilosopher.wordpress.com) et où je lisais énormément de livres de sciences humaines pour rédiger les articles du blog et empêcher la vie en entreprise de m’atrophier le cerveau. J’ai donc pris conscience de l’existence d’oppressions systémiques, j’ai découvert en une année ou deux, les études de genre et les questions queer, le féminisme, l’afro-féminisme, le panafricanisme et les questions décoloniales, l’histoire des religions, les violences tout à fait légales du capitalisme, du militarisme et du patriarcat… J’ai entamé une dépression, posé ma démission et choisi de consacrer ma vie et mon pouvoir de storytelling à la lutte contre le blanchiarcat cis hétéro capitaliste. Pour décoder cette suite de mots, je recommanderais le moteur de recherche duckduckgo.

Ton état d’esprit le matin au réveil ça donne quoi ?

La bonne nouvelle, c’est que je suis en vie.

 Le regard que tu portes sur le monde ?

Un monde régi par des rapports de domination. Pour le reste, je ne sais rien. Il paraît que personne n’a jamais rien su, que qui croit savoir n’a rien compris.

 Jo entrain d’écrire ça donne quoi ? Dessine-toi avec tes mots, ta musique ce moment où tu poses sur papier ton inspiration…

Mon processus d’écriture n’est pas des plus glamour, surtout pour la littérature (car j’écris aussi pour la musique, l’humour, la BD et l’audiovisuel). Après une longue période de procrastination (compter plusieurs mois) pendant laquelle j’écris tout sauf ce que je suis censée écrire, je me mets enfin à écrire une nouvelle histoire : Je me ronge les ongles, j’écris, je m’endors, j’écris, je me masturbe devant du porno amateur, je me rendors, je me remets à écrire, je vais faire quelques brasses dans la piscine en écoutant du hip-hop, je reviens m’installer sur le transat pour écrire en séchant au soleil.
Si j’ai besoin d’une nouvelle idée, je vais prendre une douche chaude. Ou je vais me lancer dans une discussion avec une femme en l’écoutant à moitié. Dès que notre échange a réussi à faire germer quelque chose d’exploitable, je lui dis : « Bon je te laisse », très souvent sans me rendre compte que mon interlocutrice était encore en train de parler. Si j’ai atteint mes objectifs journaliers en nombre de mots, je m’autorise à bouffer. Et ça doit être un repas qui m’a fait fantasmer toute la journée, un repas que j’ai mérité.
Quand il s’agit de littérature, j’aime écrire au Cameroun, j’aime écrire au bord de l’eau, j’aime écrire près de mes Boxers. Tout cela, toujours en position allongée. Pour le reste, je peux écrire n’importe où. J’écris beaucoup de blagues sous la douche, beaucoup de chansons aux toilettes.

Où peux-t-on te retrouver ? 

Où on peut me trouver ? Moi-même, je me cherche encore…

Tes projets futures ont quelles saveurs? 

Une saga sur une vie de quartier au Cameroun, j’en suis encore au tome 1, ça avance très bien. Écrire des chansons pour la future Céline Dion, être sa Jean-Jacques Goldman, aller la dénicher au Canada. Refaire du stand-up en anglais, cette fois en abordant des sujets décoloniaux et intersectionnels comme je le fais déjà en français. Traduire mon premier livre en bassa et duala, pour commencer.

Merci à toi Jo, pour ta disponibilité, ta patience, ta gentillesse et cet humour! Merci d’avoir joué le jeu et de m’avoir ouvert un peu de ton univers!

Continuons à suivre les aventures de cette trublionne du mot.

3 réflexions sur “Jo Gustin : sa voix

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