Mère amour, Mère souffrance ? Les 12 tribus d’Hattie, A. Mathis

 

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Bonjour ou plutôt Bonsoir Cher (e) s tou (te)s ,

En ce jour spécial consacré à celles qui prennent nos rires et nos sourires comme le bonheur de leur monde et le but de leur vie, je vous invite à vous plonger dans un ouvrage dantesque.

Une première œuvre épique. Aux allures de saga familiale qui nous entraîne au fil des mots d’Ayana Mathis. L’auteur nous livre ici un premier opus assurément captivant :   Les douze tribus d’Hattie note de lecture 1 - Hattie

L’histoire qui se déroule au creux d’une Amérique (USA) du XXème ségrégationniste est empreinte de la misère sociale, et la souffrance morale vécue par les différents personnages.

L’histoire d’une même enfance vue par 12 regards différents, les enfants d’Hattie. Cette maman au cœur dur, à l’influence presque néfaste qui émigre au Nord dans l’espérance d’une vie meilleure.

Au fil des lignes, on apprend une Hattie durcie par la vie, par les malheurs de ses espoirs déchus les uns après les autres. Une mère innocente au début, meurtrie à la fin. Ses enfants tissant une toile sombre d’elle et d’un père qui pour être présent, ne sait être que secondaire et fuyant face à l’emprise autoritaire et gangrenante d’une maman à la fois mère poule et sorcière.

« Hattie savait que ses enfants ne la considéraient pas comme quelqu’un de gentil, et peut-être ne l’était-t-elle pas, mais quand ils étaient petits, il n’y avait pas beaucoup de temps pour les sentiments. Elle leur avait fait défaut dans des domaines essentiels, mais à quoi cela aurait-il servi de passer les journées à les serrer contre elle et à les embrasser s’ils n’avaient rien eu à se mettre dans le ventre ? Ils ne comprenaient pas que tout l’amour qu’elle avait en elle était accaparé par la nécessité de les nourrir, de les habiller et de les préparer à affronter le monde. Le monde n’aurait pas d’amour à leur offrir : le monde ne serait pas gentil ».

Ce personnage, – référence biblique à Agar mère esclave qui accepta de se faire tuer pour la vie et l’amour de ses enfants- emplit l’histoire, surgit tel une bourrasque – d’abord brise tranquille et perdue au loin d’une patrie qu’elle ne reconnaît pas puis envahissante, tonitruante –  Est l’essence même du livre, celle qui sent les maux sans les voir ou les entendre, celle qui tait les souffrances mais les vit de plein fouet.

Hattie révèle les secrets de vie d’une âme esseulée au milieu de la multitude. Elle se veut compréhensive mais est vécue lointaine, elle s’imagine patiente et se sait aimante mais s’entend dire hautaine et fièrement égocentrique. Elle qui découvre d’abord une liberté de vivre dans une Philadelphie qui lui était refusée au pays de Jim Crow, puis fait face à l’extrême misère de n’être que ce qu’elle est, malgré tout même dans ce nord, une métisse dans un pays fait pour et par les blancs (du moins le pensait-on à cette époque).

Berger de sa tribu, Hattie ne vit que par le sacrifice et ne se voit vibrante que pour celui-ci, faire vivre sa tribu à tout prix, leur octroyer, à tous les meilleures chances de vie quel qu’en soit le prix.

Hattie est une mère, envers et contre tous, une mère qui a peur, qui a mal et qui ne sait le faire savoir autrement qu’en se drapant dans un silence dévastateur.

12 enfants. Une banalité au cœur d’un siècle qui ne voit les femmes que de par cette fonction, qui ne les définit que de par cette capacité à aimer, à procréer.

Ayana Mathis profite de ces 12 destins et de la trame de cette vie dressée en point central de tous, pour aborder des sujets qui sont parfois tus et surtout qui à cette époque se voient enfermés dans le carcan de la moralité : l’homosexualité noire, le viol et la pédophilie, la ségrégation vue et vécue de l’intérieur, l’humiliation, la soumission à la pression, la religion ,la misère, la mort infantile, l’abandon, la guerre, l’infidélité, la folie.

Et pourtant, la folie de vivre des enfants d’Hattie se décrit par des silences et des cris ignorés par une mère se refusant à elle-même l’amour de ses enfants.

Vivre sa maternité comme une souffrance un thème qui m’a frappé dans un livre débordant pourtant d’un amour incommensurable, mais si mal vécu et si mal exprimé par tous.

En lisant Ayana Mathis, les « si seulement… » constructeurs de mondes utopiques s’alignent et s’agrippent à la pensée du lecteur. Cette envie de voir les personnages être autrement, vivre autrement et dire autrement ne vous lâche plus.

Les enfants sont parfois le réceptacle de la souffrance de leurs parents, la vision personnifiée de leurs regrets. Ce livre illustre si bien cette phrase lourde de sens.

Pourtant, comment en vouloir à cette mère victime d’un siècle et d’une société lourde de ses souffrances et de ses injustices ? Comment lui reprocher de ne pas voir ? de ne pas essayer de comprendre ? Quand l’époque elle-même se refuse à faire face à ses propres erreurs ?

Nominé pour le grand prix des lectrices ELLE en 2015, les douze tribus d’Hattie est un premier jet d’encre saisissant qui nous emmène nous balader dans les vies compliquées de ces personnages et questionne sur la réalité d’être parent, le rôle d’un enfant dans une vie et la place de chacun dans une famille kilométrique. Qui doit-on voir et comprendre ? qui doit-on écouter ? Que doit-on prioriser face à la vilenie de la vie ?note lecture 1 - Hattie

La grande question que me laisse cet ouvrage qui m’a emportée dans une vague émotionnelle bouleversante est une question qui bien que taboue se révèle toutefois essentielle et bel et bien présente lorsque la maternité ne se révèle plus un choix : L’amour d’une mère est-il dû ? Cet amour est-il singulier ou possède-t-il une facette plurielle ? Une mère peut-elle « mal » aimer ses enfants ?

Affiché au prix de 23,40€ (Amazon) , ce livre vaut assurément le détour de la lecture haletante qu’il m’a imposée.

Bonne fête des mères à toutes nos mères courage!

 

Chocolatement vôtre, La demoiselle chocolat

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2 réflexions sur “Mère amour, Mère souffrance ? Les 12 tribus d’Hattie, A. Mathis

    • La demoiselle chocolat dit :

      De rien 😉 j’espère que la ballade à travers les autres articles du Blog sera plaisante. N’hésite pas à revenir et à partager avec nous une fois le livre lu

      J'aime

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